Critique de “Avatar – De Feu et de Cendres” par E-Stark
“Ce monde est tellement plus profond qu’on ne l’imagine.”
Sam Worthington – “Avatar: De Feu et de Cendres” de James Cameron (2025)
Alors qu’une dizaine d’années d’attente avait été nécessaire pour enfin pouvoir découvrir La Voie de l’eau en 2022, James Cameron revient en cette fin d’année 2025, avec De Feu et de Cendres. Le troisième volet narrant l’histoire de la famille Sully sur la sublime Pandora, était évidemment le film de tous les défis.
Il va sans dire qu’en terme de narration pure, le scénario resserre d’un cran sa prise autour des personnages majeurs, de ce qui forme aujourd’hui une saga à part entière dans l’histoire du cinéma. Si Jake et Neytiri sont bien entendu toujours au cœur du récit, leur ennemi juré, Quaritch, toujours recombiné ici dans un corps d’avatar, prend une dimension neuve et bienvenue. L’écriture jouant habilement en miroir entre Jake et Quaritch, pour leur donner plus de profondeur et progressivement nous amener à ce qui s’apparente à la conclusion de leurs arcs narratifs respectifs.
L’un ayant embrassé sa nouvelle vie sur Pandora, comprenant toute la complexité et la profondeur de ce monde, là où l’autre, même lorsqu’il en a le choix, est incapable de laisser derrière lui sa haine. Une haine désormais utilisée par la RDA pour s’étendre toujours plus sur Pandora, comme l’avait déjà montré le film précédant. L’opposition classique, mais efficace, entre la nature, harmonieuse, organique et pleine de vie, et le désir de contrôle, l’avidité, et la violence froide d’une civilisation qui n’a d’autre objectif que de coloniser sans s’interroger sur le poids de ses erreurs passées et sur celles à venir.
Pandora est ici un personnage à part, où les êtres qui la peuplent sont connectés les uns aux autres, où le champs des possibles s’ouvre pour quiconque décide de la protéger au lieu de l’exploiter. Le film de James Cameron, à l’instar des deux autres volets, est au-delà de son récit familial, une ode écologique. Ce qui est tout à son honneur, tant cette dimension universelle s’imbrique parfaitement dans les autres intrigues liées aux personnages. A ce titre, les personnages de Kiri et Spider sont les meilleurs exemples pour illustrer cet aspect du scénario, tous deux des enfants de Pandora.
En plaçant toujours Eywa, la Grande Mère, non pas comme un enjeu, mais comme une voie naturelle dans la caractérisation des personnage et du monde dans lequel ils évoluent, Cameron explore plus que jamais la dimension mythologique de son œuvre, en sublimant l’ensemble grâce à une mise en scène à l’envergure démesurée.
Entre ses thématiques fortes sur la famille, la rédemption, la transmission, le pouvoir et la vengeance, ce troisième opus laisse exploser le potentiel de chacun de ses personnages, connus ou nouveaux. L’addition de Varang, la tsahik des Mangwan, le redoutable clan des cendres, est bien sûr l’un des éléments forts du film. Une manière simple mais efficace de montrer que Pandora a aussi sa part d’ombre, d’autant plus qu’ici, Oona Chaplin incarne Varang avec brio, lui conférant une aura inquiétante et imprévisible, ce qui renforce sa dimension dangereuse, surtout lorsqu’elle interagit de concert avec Quaritch.
C’est aussi là une autre bonne idée du film, la présence de Varang, renforçant la psychologie de Quaritch, le rendant moins binaire mais plus redoutable, comme si Varang révélait chez lui une facette propre à son nouveau corps, naturellement plus en phase avec Pandora, mais dans des intentions bien moins respectables. La nature est belle sur Pandora, mais elle peut aussi s’avérer dangereuse si l’on cherche à la manipuler ou la trahir.
De Feu et de Cendres est beau, c’est un fait indéniable, même si cela n’est pas un adjectif suffisant, tant le film ne souffre ni de sa durée ni de ses ambitions spectaculaires. Rien n’est de trop dans le montage, pas une image, pas une séquence, tant la densité de l’oeuvre est grande. C’est d’ailleurs somme toute, assez logique, entre la multitude de personnages et d’enjeux qui les entourent.
Bien que selon moi, le film soit moins onirique que son prédécesseur, il n’en demeure pas moins saisissant sans être un vulgaire best of de ses deux aînés. Ce troisième volet est la continuité directe du second, les deux films ayant été tournés en même temps. Il est d’ailleurs assez drôle de voir à quel point les mise en scènes de La Voie de l’eau et De Feu et de Cendres se répondent, également sur le découpage. Les deux films convoquant chacun d’eux, l’épique et le superbe à leur manière. L’un plus poétique et contemplatif, tandis que l’autre tend à être plus frontal, plus énervé, sans jamais tomber bêtement dans un désir d’être avant tout efficace.
Mais là où James Cameron s’avère le plus généreux, le plus touchant aussi, c’est quant il montre à quel point il aime ses personnages. Impossible donc de faire ici, l’impasse sur Neytiri, toujours campée par l’incroyable Zoe Saldaña. L’ancienne tsahik des Omaticaya de la forêt, est sûrement le personnage qui évolue le plus. Cameron a toujours aimé les personnages féminins forts, et il le montre à nouveau ici. Neytiri se bat contre son chagrin, contre ses préjugés, elle se bat surtout pour ce en quoi elle croit, ce en quoi elle a foi. Son peuple, son monde, sa famille.
C’est par le biais de Neytiri, selon moi, que le film ancre ici son univers dans quelque chose de tangible, qui fait sens et corps. Même si cela ne passe que par des détails, comme des interactions entre les personnages, les scènes entre Neytiri et Ronal, la tsahik des Metkayina sont savoureuses. Ce sont les petites choses qui font les grandes œuvres, et De Feu et de Cendres foisonne de petits détails qui pèsent et font la différence.
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Avatar – De Feu et de Cendres est donc réussi, du moins en ce qui me concerne. Que le film fonctionne au box office ou pas, la trilogie trouve ici une conclusion qui se révèle satisfaisante. Néanmoins un univers comme celui-ci regorge d’un potentiel qu’il serait intéressant de découvrir un peu plus. Mais quoi qu’il en soit, difficile de bouder son plaisir devant cette grande fresque épique, sa dimension visuelle incroyable, sa créativité. Merci James Cameron, merci de nous avoir offert Pandora, sa faune et sa flore enchanteresse, et ses Na’vis. Oel ngati kameie James.
Avatar - De Feu et de Cendres
Les Plus
- La saga de la famille Sully apporte des réponses aux nouveaux enjeux posés par le film précédent.
- James Cameron signe un film très dense, mais qui parvient par miracle à ne pas souffrir ni de sa durée, ni de sa générosité.
- Du cinéma à l'état pur, repoussant toujours plus les limites technologiques, rappelant l'impact d'une expérience en salle.
Les Moins
- Peut-être un brin moins onirique que "La Voie de l'eau"



