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Critique de « Jurassic World: Rebirth » par E-Stark

« Les propriétaires du parc faisaient des expériences sur cette île.

Le pire ils l’ont laissé ici. »

Scarlett Johansson – « Jurassic World: Rebirth » de Gareth Edwards (2025)

Je ne sais plus vraiment quoi raconter sur cette franchise. J’ai beau vénérer Jurassic Park comme on le fait d’une icône religieuse, les suites ont également une place dans mon coeur de zinzin de dinos et de héros un peu cons pour aller s’y frotter. J’adore ça, et je pense qu’au bout de sept épisodes sur cette thématique, je ne m’avance pas trop en supposant que cela ne changera jamais. Pourtant ce Rebirth, m’a un peu pris au dépourvu, je dois bien l’avouer.

J’avais beaucoup aimé le Godzilla de Gareth Edwards, ainsi que son Rogue One (à mes yeux l’un des Star Wars les plus réjouissants), je n’ai pas encore vu The Creator. Le cinéaste possède un véritable amour de la mise en scène, notamment en ce qui concerne les échelles, comme lorsque les personnages découvrent pour la première fois Godzilla. De nuit, dans le chaos, nous sommes à hauteur d’homme, la caméra remonte doucement le long de l’immense créature, et boum : rugissement triomphal, le monstre est là et majestueux. C’est à la fois puissant, iconique et ultra généreux. Pour Rogue One c’était un brin différent, tourné plutôt comme un film de guerre, à la fois intimiste et spectaculaire. L’assaut des rebelles sur la base tropicale de Scarif, reste pour moi une de mes séquences préférées d’un Star Wars. Avec Jurassic World: Rebirth, Edwards s’avère tout aussi convaincant en ce qui concerne sa mise en scène. Les plans sont beaux et soignés, et le cinéaste s’amuse à nouveau avec la démesure. Pas une séquence d’action dans le film ne m’a déplu, et je dois avouer que cette chasse au mosasaure était carrément dantesque.

 

Mais alors, où est-ce que ça pêche un peu ? Le scénario assurément. Je reconnais que les trois précédents volets de Jurassic World n’ont jamais vraiment fait dans la subtilité. Je les ai pour ma part trouvé très intéressants dans ce qu’ils empruntaient à l’ADN de la saga, et piochaient ça et là dans les deux romans de Michael Crichton. Mais l’écriture était balourde, parfois navrante tant certains éléments majeurs étaient balancés comme un cheveux sur la soupe. Le clonage humain, autrement dit la limite ultime à ne pas franchir ? On règle ça en une réplique lors du chaos généré par l’indoraptor dans le manoir Lockwood, dans Fallen Kingdom. Quelques lignes de dialogue (ce qui ne serait déjà pas suffisant, mais passons), pour expliquer la législation entourant les dinosaures à la fin de Dominion ? Balec. C’est plus mignon de montrer une petite fille caresser un moros intrepidus dans un parc, avec Satler et Grant en premier plan. Tout cela pour dire que le principal problème de la franchise depuis sa titulature world, c’est qu’elle ne fait plus qu’effleurer la surface de ce qui la rend pourtant passionnante et indétrônable, (parce que 65 – La Terre d’avant, c’était quand même pas jojo du tout hein…). Ici, on passera sur l’idée d’un remède pharmaceutique sensé « aider » la population, alors que les dinosaures se raréfient finalement sur Terre (après leur retour donc). Parce qu’il fallait bien un prétexte pour aller sur une île infestée de dinos.

 

Ainsi donc on se retrouve dans Rebirth avec une galerie de personnages sympathiques, bien que tous très fonctionnels. Scarlett s’en sort bien, comme d’habitude dès qu’on lui colle un flingue. Maershala Ali impose avec son charisme naturel et une subtilité de jeu qui lui est toute particulière. Quant à Jonathan Bailey et Rupert Friends, le premier est au mieux attachant bien qu’un peu trop caricatural par moment, et le second est un bad guy lambda, qui fonctionne mais qui n’existe pas au-delà. Bien sûr on a aussi la famille Delgado, que l’on doit se coltiner plus qu’autre chose, mais bon : ils sont au coeur de la meilleure séquence du film, alors je pardonne. Oui, cela fait des années que je rêvais de voir adaptée cette scène du tyrannosaure chassant le radeau dans la rivière, et Gareth Edwards me l’a donné. Le rex (Ember pour son petit nom) est magnifique, démesuré, il barbotte et fait même la sieste sur le dos. Je ne peux décemment pas lutter contre ça. Cela m’est rigoureusement impossible.

 

Et puis il y a là où l’ADN de Jurassic WORLD ressort le plus, et j’insiste bien sur le world qui n’est pas park: les hybrides. Ah les hybrides… Non pas que l’idée soit mauvaise en soi, car après tout, les dinosaures que l’on voit dans la franchise (films et romans), ne sont pas présentés comme de véritables dinosaures :

« Ce que John Hammond et InGen ont fait à Jurassic Park, c’est créer des monstres de parc d’attractions génétiquement fabriqués. Rien de plus, et rien de moins. » – Sam Neil, Jurassic Park III (2001).

L’indominus rex pour rameuter des visiteurs à Jurassic World, donc un parc qui tourne bien, mais qui pourrait faire mieux ? OK, il y avait d’autres espèces ayant existées qui auraient pu faire le job, mais pourquoi pas. L’indoraptor comme potentielle arme biologique ? Très con, mais suite logique du scénario du film précédent, donc ça passe aussi (et puis ça reste quand même moins horrible que les hybrides humains-dinos envisagés un temps pour Jurassic Park III. Si, si.). Des supers sauterelles préhistoriques pour bousiller les exploitations agricoles qui n’utilisent pas de produits issus de chez Biosyn ? Oui, ça me fait un peu mal de le dire, parce que les dinos ne sont pas au coeur du sujet ici, mais c’est pourtant totalement dans l’ADN des manipulations génétiques et du techno-thriller de Michael Crichton.

 

Mais alors le fameux D-rex de Rebirth ? Et bien c’est une expérience ratée, antérieure au premier parc de John Hammond. Un secret caché d’InGen, une abomination laissée à l’abandon sur son île. Oui c’est facile, c’est pratique, c’est sorti du chapeau. Il est vilain avec sa grosse tête d’alien, ses quatre pattes et sa paire de petits bras ridicules. Mais finalement je me rend compte que j’ai de la compassion pour ce monstre. Ce qui est assez paradoxal car le principal reproche que je ferais au film, c’est justement qu’il ne fait pas grand chose de cet hybride. On nous l’a teasé durant tout la promo du film, et il a même droit à la scène d’ouverture sur l’Île de Saint-Hubert, dans un hommage maladroit à la théorie du chaos de Ian Malcolm, sur les petits détails à l’origine de grands bouleversements (bon oui, un stylo aspiré dans l’aération du labo aurait fait l’affaire, mais apparemment Bic fait moins vendre que Snickers…). Je dois aussi souligner les mutadons, parce que des raptors volants, il fallait y penser… ou pas.

 

 

Alors bon, Jurassic World: Rebirth est un peu comme Jurassic Park III: divertissant, souvent balourd, mais pas complètement nul. Il n’est certes pas dans le haut du panier de la saga pour moi, mais il ne la trahit pas totalement à mes yeux. J’en veux pour preuve qu’il m’a donné envie de relire le Jurassic Park de Michael Crichton, et qu’à cette relecture j’en suis arrivé à cette conclusion : oui Rebirth est un film maladroit, mais contre toute attente, il ne raconte pas vraiment que des bêtises. David Koepp et Universal auraient peut-être juste dû se dire que le public était en capacité d’avaler un scénario plus conséquent. Mais ça de toute façon, c’est le mal des deux dernières décennies, et aucun dinos dans un film n’y changera rien…

 

Jurassic World: Rebirth

6.5

Ma note :

6.5/10

Les Plus

  • Une mise en scène très soignée.
  • Des séquences d'action très efficaces.
  • Un scénario bateau mais qui emprunte à l'ADN des romans de Crichton...

Les Moins

  • ... sans toutefois explorer en profondeur la richesse des thématiques.
  • Un antagoniste (D-Rex) trop peu exploité.
  • Un manque général de prises de risques dans l'écriture.

Cinéphile parfois cinéphage, j'aime écrire et lire des critiques. Je voue un véritable culte à Terrence Malick et Tim Burton, mais je suis d'une manière générale assez éclectique en matière de cinéma. Bonne lecture ... ou pas !

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