Critiques

Critique du film “The Invisible Man” par Quentin

On ne compte plus les adaptations données à l’histoire du monstre iconique d’H.G. Wells, depuis sa première version datant des années 1930. Tour à tour inquiétante silhouette recouverte de bandelettes et d’un impair beige, mais aussi par la suite lignée de longs métrages tous plus nanardesques les uns que les autres, irregardables aujourd’hui, la fameuse légende du cinéma d’horreur faisait grise mine.

La mise en chantier de divers long-métrages autour des monstres de l’imaginaire horrifique tels que Dracula, Frankenstein et consorts avait vu la possibilité d’un renouveau pour notre sujet, Johnny Depp attaché au projet. 2017, le premier poulain du « Dark Universe » sort sur grand écran. Porté à bras le corps par un Tom Cruise dont l’amusement reste communicatif, « La Momie » est toutefois un échec sur toute la ligne. 

Film malade de sa grande ambition de poser les jalons d’un tout nouvel univers cinématographique à la Marvel, en résulte un véritable fouilli narratif et visuel dont la mythologie est travaillée par-dessus la jambe et les protagonistes dépourvus de quelconque relief. Au mieux un divertissement à peine correct, pas assez pour amasser les foules. Depp est remercié, le projet mis au placard. Pour de bon ? 

Si l’on ne parlera plus d’univers partagé, la récupération du mythe de l’homme invisible au service d’un grand pamphlet sociétal a tout de l’idée de génie. C’est ainsi que s’impose « Invisible Man » cru 2020 : depuis l’annulation du Dark Universe, Hollywood a été entièrement bouleversé et ses codes se voient encore aujourd’hui être en pleine mutation. Issu d’un cinéma plus inclusif d’une part, plus engagé, le long métrage ne cache nullement ses intentions dans le déroulement de son fil narratif : La protagoniste que nous suivons à travers le film est une femme qui va lutter pour faire entendre sa voix, fuyant un compagnon abusif et pervers s’étant rendu invisible pour se venger.

Un homme ayant trouvé le moyen de se rendre invisible n’aurait que pour unique but de persécuter son ex-femme ? le postulat s’avance ainsi avec une simplicité qui pourrait faire sourire, et pourtant, rien de plus pertinent dans celui-ci : n’est-ce pas les pouvoirs des hautes sphères qui ont don d’invisibiliser les quêtes de justice des opprimés ?

Dans un rôle suivant la logique d’une carrière définitivement marquée par le sceau de la lutte féministe (The Handmaid’s Tale, Mad Men, Top of the Lake), l’envoûtante Elisabeth Moss livre une prestation fiévreuse, qui suscite l’admiration de la première à la toute dernière scène, plan évocateur de la portée du message défendu : celle de la parole libérée. Un moment de cinéma d’un lyrisme absolu.

Cecilia Kass est un rôle éprouvant, physique et nécessitant un grand travail d’imagination, ce que Moss fournit parfaitement, presque une cour de recrée géante pour tout acteur dans laquelle l’actrice montre toutefois une précision à toute épreuve.

« The Invisible Man » doit s’apprécier selon une vue d’ensemble. La première demi-heure est une longue montée vers le vif du sujet, presque inévitable, dans laquelle le metteur en scène Leigh Whannell insuffle tous les poncifs nécessaires pour pouvoir vraiment s’atteler à son propos (à savoir, les scènes interminables d’attente de jump scare où le personnage principal avance à tâtons à travers une maison bien évidemment occupée). Une fois absout du carnet des charges, il est alors temps de plonger pleinement dans cette course contre l’invisible, non dénuée de défauts de rythme, mais qui lorsque sonne le glas du dernier plan, induit à se retourner sur un film proche d’un parcours du combattant de tous les instants absolument grandiose.

L’œuvre ne présente jamais son héroine comme éventuellement folle, ni ne pose le doute chez le spectateur contrairement à une campagne promotionnelle un brin hasardeuse : Cecilia est porteuse de vérité, et fait du spectateur son principal allié. Lancer les soupçons sur la lucidité de sa protagoniste aurait bien desservi le propos du film pour peut-être plus de sensationnalisme, un écueil que le scénario évite habilement, élément des plus appréciables.
Emprunt d’une véritable personnalité, « The Invisible Man » est en somme une réussite, un blockbuster horrifique qui a des choses à dire et qui le fait bien, à noter une séquence d’hôpital bluffante de maestria, non sans évoquer celle du deuxième opus de la trilogie « Spider-man » d’un autre grand maître de l’horreur au cinéma : Sam Raimi. Immanquable.

Quentin 

The Invisible Man

8

Note

8.0/10

Les Plus

  • La grande Elisabeth Moss
  • Le travail sur les effets visuels
  • Le superbe traitement du sous-texte du film

Les Moins

  • Une première partie qui tire un brin en longueur
  • Des seconds rôles qui peinent à se démarquer
Quentin

Mes films : 1/ Titanic ; 2/ Edward aux mains d'argent ; 3/ Roméo + Juliette ; 4/ Shrek 2 ; 5/ The Hours ; 6/ The Place Beyond the Pines ; 7/Fight Club ; 8/ Apocalypse Now ; 9/ Jackie Brown ; 10/ La Cité de la Peur ; 11/ Dark Crystal ; 12/ Là-Haut ; 13/ The Grand Budapest Hotel ; 14/ Le Voyage de Chihiro ; 15/ La Belle et la Bête ; 16/ Interstellar ; 17/ Ghost ; 18/ Tout sur ma mère ; 19/ Kramer contre Kramer ; 20/ BlacKkKlansman ... (et tellement d'autres)

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