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Critique de « À la vie » par Quentin Penel

« Entre la vie et la mort, les femmes choisissent toujours la liberté »

Chantal Birman, sage-femme libérale et féministe aguerrie, est une passeuse de vie, de convictions. Sous la caméra altruiste et pertinente d’Aude Pépin, les derniers instants d’une carrière se dévoilent, mais ceux du combat sont de tous les plans.

Devant nous Chantal Birman éduque, observe, raconte, et c’est dans les scènes de « répit » – dans sa voiture entre deux visites médicales – que sa lutte s’incarne le mieux. Tantôt la sage-femme débat avec sa stagiaire qui représente un porte-parole intéressant aux spectateurs, tantôt la radio en fond narre les défis de notre société – écologie, économie – des défis prégnant de notre actualité, tandis que Chantal Birman continue d’avancer, ne s’arrête jamais, et porte un message de toujours.

Notre héroïne s’aventure à travers les situations sociales les plus difficiles aux plus aisées, arpente les barrières de la langue et de la religion, Aude Pépin y dessine alors un angle empreint d’unicité, au-delà d’un documentaire sur la grossesse : une œuvre sur la liberté de la femme, envers et contre tout.

À la vie car à l’issue de la projection au MK2 Bibliothèque le 12 octobre dernier où la réalisatrice ainsi que la protagoniste du long-métrage venaient à la rencontre du public, la force de conviction de la sage-femme paraît aussi empreinte de vécu que brûlante et éternelle.

De la dépression post-partum aux avortements interdits avant la loi Veil, le spectateur est regardé droit dans les yeux et rien ne lui est fait silence, des moments les plus beaux d’une grossesse à ses heures les plus terribles. À l’heure où les sages-femmes luttent dans la rue pour faire valoir leurs droits et dénoncer l’impossibilité d’accueillir les mères dans la dignité qu’elles méritent, À la vie est l’une des œuvres les plus importantes à découvrir en salles en cette fin d’année, et un précieux objet contemporain d’éducation et d’échange.

Notre gorge se noue lorsque Chantal Birman s’entoure de ses pairs pour un pot de départ, et que la discussion évolue rapidement sur un constat du métier de sage-femme aujourd’hui : les discussions sur les statuts « essentiels » s’entamaient déjà…

En d’autres endroits, c’est la fascination, lorsque notre guide se pose face aux futurs visages de la profession, et que les débats se font complexes entre l’experte et sa stagiaire sur les statuts des embryons et foetus. L’oeuvre d’Aude Pépin se positionne comme un lieu de tous les débats, de tous les regards, de vie, indubitablement.

Alors que L’Événement d’Audrey Diwan adapté de l’ouvrage d’Annie Ernaux remporte le Lion d’or à Venise, le cinéma français est plus vivant que jamais, et nous électrise sur la nécessité de rester alerte, en permanence, sur la fragilité de nos libertés. Le baroud se fait aussi sur nos écrans : en tant que spectateur, donnons lui toutes nos puissances de feu. À la vie est un grand documentaire.

Quentin.

 

 

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