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Knock, Knock. Who’s there ? Une critique de Joker (avec spoils)

On ne va pas se mentir, les sorties cinéma du moment je ne les trouve pas vraiment folichonnes. J’ai déserté les salles obscures à de nombreuses reprises, préférant réviser mes classiques ou me replonger dans un septième art moins récent. En 2019, un seul et unique film a retenu mon attention, cette dernière grandissant de bandes-annonces en articles sur le sujet. N’ayant eu jusque-là aucun attrait pour l’univers “gothamien” et étant complètement novice en la matière, Joker est pourtant bien l’objet de la présente critique, première depuis de longs mois.

Le dernier long-métrage de Todd Phillips, ce n’est pas vraiment le petit film d’auteur que l’on nomme dans les tréfonds d’une discussion cinéphile mais bien l’une des sorties les plus attendues de l’année dernière, accompagnée de nombreuses interrogations : quel sera le propos ? Comment va-t-on dépeindre ce personnage phare ? Peut-on voir un meilleur Joker que celui campé par Heath Ledger (dans The Dark Knight en 2008). De fait, mon avis sur ce film est totalement indépendant des autres versions où apparaît le fameux meilleur ennemi de Batman, je n’ai vu ou entendu que des bribes d’information sur les différentes interprétations et il ne serait que mal placé de dresser un comparatif entre ces dernières, en plus de n’y avoir que très peu d’intérêt.

Joker est bien entendu un portrait mais surtout la lucarne par laquelle on observe la révélation de celui que l’on nomme pendant les trois quarts du film Arthur Fleck.  Ce dernier est alors totalement insignifiant dans le monde dans lequel il évolue sauf lorsque apparaît son handicap : des crises de rires incontrôlables qui interviennent dans les moments les moins opportuns. Il est alors une bête de foire, une personne qui suscite moqueries, agacements mais par dessus tout incompréhension. Dès les premières minutes le topo est donné : Arthur se fait rouer de coups sans raison par une bande de jeunes et reste prostré sur le sol humide d’une ruelle. Il est un homme en ruine, abandonné même de la chance…  La seule personne à laquelle il se rattache, c’est sa mère.  La charnière du film, c’est la mort de Penny Fleck, personnage hautement important et pourtant à la présence mineure. C’est ici qu’Arthur Fleck évolue en Joker pour de bon. Fini l’homme aux épaules lourdes, moqués et handicapés. Bonjour vengeance et la nouvelle vit qui s’en suit.

Todd Phillips introduit d’ailleurs une photographie aux nombreux procédés illustrant l’ambivalence du personnage, et c’est l’un des éléments les plus qualitatifs du film ! Oh que oui, Joker est un beau film : choisissez un moment au hasard et mettez pause, vous obtenez un beau plan avec des couleurs savamment choisies, une maîtrise parfaite de la lumière ou de l’obscurité. Testé et approuvé

J’évoque le choix des couleurs car il a bien un impact sur le scénario : l’environnement dans lequel Arthur évolue est lugubre, les actions se déroulent souvent dans l’obscurité et même les habits sont ternes. La transformation en Joker est quant à elle une explosion de couleurs, même la nuit. Cela montre bien la mutation de notre protagoniste principal et parfois ce sont des plans entiers qui l’illustrent : une grimace qui consiste à cacher puis révéler son visage ou encore, et surtout, ce fameux escalier présent dans l’une des scènes que l’on croise le plus sur internet. Cette scène est l’antithèse de la signification habituelle. Alors que la montée est symbole de réussite et de pleine satisfaction, la descente est, elle, une belle dégringolade, un dépérissement. Mais pas pour Arthur Fleck pour qui c’est l’exact inverse, il monte la tête basse et descend…en dansant !

 

Et à ce propos, il n’y a que le Joker qui se trémousse et qui laisse parler son corps, Arthur lui ne laisse même que peu entendre le son de sa voix. Il affectionne les masques, les maquillages, les artifices. Comme s’il avait des difficultés à s’assumer soi-même et les seuls moments où il essaie de se révéler sont montrés et perçus comme un réel et ambiant malaise.

Il échoue tout. Sauf ses vengeances.

Finalisons cette critique en soulignant la volonté du réalisateur de faire un film non manichéen. Arthur Fleck n’est jamais un personnage sanguinaire et sadique. Il est d’abord un homme candide qui n’a pas confiance en lui (ce dernier n’a pas d’autres choix que d’imaginer une relation amoureuse) à la recherche de lumière. Mais même cela est vain comme en démontrent les quelques moments de stand-up qui sont un véritable fiasco : blagues qui tombent à l’eau, notes consultées en direct, tournées en dérision par son idole elle-même. Poussé dans ses derniers retranchements, la violence semble être une issue de dernier recours, au moins au début. Par la suite, il devient Joker. Quelqu’un qui assume sa folie et sait en jouer, qui devient autonome. C’est bien le premier long-métrage qui est entièrement consacré à l’exploration de la psychologie de ce personnage symbolique de l’univers DC. Ce film grouille de procédés qui mettent en valeur le recto et le verso du personnage principal. L’esthétique n’est jamais lésée ainsi que l’importance des mots, c’est pour cela que je conseille vivement de le visionner en VO(ST) !

 

Et surtout, smile and put on a happy face…

 

 

Oriane

Oriane, littéraire et fleur bleue, mes goûts ne sont aucunement définis, je me balade donc à travers tous les genres, tous les sujets et toutes les époques. ~ Je n'ai pas la prétention d'être une experte en technique, c'est pourquoi vous ne trouverez que de rares lignes à ce sujet dans mes articles. Le cinéma est pour moi une affaire d'émotions et de symboles que je me plaît à dénicher lors de mes visionnages pour les analyser par la suite. ~ Vous pouvez suivre mon activité cinéma et culture sur SensCritique : https://www.senscritique.com/Somnium_ Et tout mes coups de cœur musicaux sur Deezer : https://www.deezer.com/en/profile/1519332122

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