Analyse de “New Jack City” par Morgan

New jack city

New Jack City (1991)

Un film de Mario Van Peebles

New Jack City

New Jack City est un film réalisé par Mario Van Peebles, fils du réalisateur Melvin Van Peebles (Sweet Sweetback’s Baadasssss Song). L’histoire se situe en 1986 puis en 1989, à Manhattan (New York), et plus précisément à Harlem. En 1986, le taux de croissance aux États-Unis est d’environ 2% et le pays connaît un peu plus tard une baisse du dollar ainsi qu’un déficit budgétaire. Du côté du quartier d’Harlem, il y a un exode depuis les années 70, laissant sur les lieux les familles pauvres ne pouvant quitter le quartier. De ce fait la pauvreté augmente et la criminalité aussi, par ailleurs, le crack en 1983 finit par envahir le reste des États-Unis, et donc la côte Est. En 1985 une hausse fulgurante de consommateurs se met en route, surtout dans les ghettos afro-américains, c’est l’épidémie du crack. Cinématographiquement parlant, le film est produit par Warner Bros Pictures, cette société de production et de distribution est connue dans les années 1980 et début 1990 pour des films populaires comme ceux de Richard Donner ou Joe Dante (Lethal Weapon, Gremlins), les adaptations de comic books tel que Batman, mais aussi des films moins grand public et plus engagés comme ceux de Kubrick, ou JFK d’Oliver Stone en 1991. New Jack City en 1991 est plutôt un cas à part lorsque l’on voit les grosses productions à côté, en effet 8 000 000$ en comparaison avec Robin Hood: Pince of Thieves qui a coûté 50 000 000$, autant dire que New Jack City appartient au cinéma indépendant malgré la grosse société qui le suit.

Le générique, tout d’abord, on a une voix qui s’adresse au spectateur pour lui dire qu’il va vivre l’impact de la science de la rue, le spectateur sait déjà que le film est urbain. Van Peebles voulait faire une scène d’ouverture aérienne depuis un hélicoptère en filmant à l’aide d’un gyroscope afin que le spectateur ne se dise pas que le film était faible. On a donc des vues aériennes de Manhattan en plein jour qui commencent par nous montrer la statut de la Liberté, symbole du rêve américain, ces vues utilisent différents angles et sont raccordées par des fondus enchaînés. Cette ouverture se fait avec une musique d’une pionnière du rap, Queen Latifah. For the Love of Money (featuring Troop & Levert) réitère plusieurs fois son titre dans les paroles. Par ailleurs il y a une voix off, apparentée à un présentateur télé qui annonce le contexte économique et social des États-Unis, globalement les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent. La voix du journaliste évoque aussi des incidents dans la ville, et plus spécifiquement à Harlem avec le meurtre d’un enfant dans la 125ème rue et «les corps de trois jeunes noirs » retrouvés à Garvey Park. D’après ce générique je pense à un film qui va s’organiser autour de l’argent et des Afro-américains sous le ton d’un film policier/film de gangsters, et peut être même le drame avec la crise énoncée. Ce générique donne un contexte totalement urbain et dangereux, tels les films blaxploitation des années 70 comme Superfly. on retrouve un contexte générique similaire, surtout à la fin du générique qui s’arrête sur un délinquant(1), mais ce contexte est actualisé aux années 1980.

Quand les personnages commencent à dialoguer, c’est une affaire d’argent. Puis on a un plan à hauteur basse montrant un personnage sortir d’une voiture, on ne voit que le bas de ses jambes. Puis sur le plan suivant on découvre Nino Brown (Wesley Snipes), Afro-Américain vêtu de bleu avec une casquette, une chaîne « Bling Bling » et des bagues, on en déduit à son style vestimentaire que nous sommes au milieu ou à la fin des années 80, émergence du Hip-Hop. Nino explique à la victime qu’elle n’a ni son fric, ni son produit, en somme c’est un caïd qui travaille dans la drogue. Après avoir jeté l’endetté du pont, le film situe la date du déroulement de la diégèse (1986), et on découvre alors deux nouveaux personnages, Scotty Aplleton (Ice-T) et Pookie (Chris Rock). On les voit négocier de la dope, Pookie est quelqu’un de nerveux à en juger par les gros plans de ses mouvements de mains, de pieds et de tête. Pookie pique le fric de Scotty et là nous avons une poursuite en vélo qui montre différents espaces du quartier (scène similaire au film Diva dans le métro parisien(2)). Puis lorsque Pookie se fait stopper, on apprend que Scotty est un policier, on s’attend donc à voir au cours du film un flic de la rue dans la lignée de John Shaft. Après ces deux personnages, le film nous présente Gee Money (Allan Payne). Présenté comme un New Jack, c’est à dire quelqu’un prêt à tout pour gagner de l’argent, par le biais de paris au basket-ball, puis quand il propose à Nino de vendre du crack.

La narration ne se fait pas que par les dialogues, il y a une mise en scène de la culture urbaine, par exemple, lorsque le gang va en boîte, on découvre la danse Hip-Hop avec des plans typiques des clips musicaux, et des artistes comme Flavor Flav, ou les Troop lors de la prise du bâtiment Carter. Cette prise d’immeuble rend compte des actions de gangsters de l’époque, on tue et humilie en plein jour. Et l’on peut aussi souligner le style vestimentaire des hommes de main de Nino, en effet ils sont habillés avec un style Black Panthers(3) modernisé. Référence idéologique de Huey P. Newton, celle de prendre le pouvoir par la force, mais cela perd tout son sens car il n’est pas question d’un nationalisme noir étant donné que ces gens tuent leurs « frères ». Ce « clin d’oeil » pourrait traduire le mauvais côté de l’héritage des Black Panthers, ou certaines actions que Mario Van Peebles ne cautionnent pas, là où son père traduisait la réalité dans son film « Sweet Sweetback… » sans pour autant faire l’apologie de ce mouvement. Le film s’inscrit donc dans un genre policier/film de gangsters sur un fond de culture urbaine, le « hip hop tip ». 

Instaurer des plans typiques de clips, ainsi que des sons et d’autres emblèmes de la culture urbaine des années 80 est une innovation. New Jack City est l’un des premiers films à rendre compte de la culture urbaine Hip-Hop, ici on découvre enfin une nouvelle ère en pleine expansion. La loi de la rue des années 80 est fidèlement retranscrit, tout ce que l’on voit dans le film c’est la réalité de la vie urbaine à Harlem dans les années 80. Et on peut dire que ce film s’imprègne de The Godfather et Scarfacer, mais ici c’est la culture Afro qui est mise en avant. On peut d’ailleurs considérer que le conflit entre la CMB et la mafia italienne est un message pour dire « les immigrés Italiens c’est du passé, maintenant c’est les noirs qui contrôle le business ». La narration est donc très différente car elle représente une culture des noirs inédite à l’écran, le film instaure des scènes inutiles à la narration pour rendre état d’une culture urbaine. La culture pop afro-américaine a quasiment connu toutes ses origines à Harlem (Louis Amstrong, Charlie Parker, Miles Davis), le jazz étant l’une des grandes influences de la culture Hip Hop. Donc la bande originale montre la pluralité des genres musicaux d’Harlem.

Le film présente aussi une sexualité désinhibée, dû peut être au fait que c’est un film type indépendant, sexualité qui était rarement montrée à l’écran sous Reagan (contrairement lors de la blaxploitation) comme le dit Régis Dubois dans son livre Hoolywood, cinéma et idéologie1, ainsi dans des films comme 48 Hrs (1984), le scénario cherche à « neutraliser la sexualité » du personnage d’Eddie Murphy, même si exceptionnellement il y arrivera une fois. On peut aussi parler du rapport à la femme, loin de la femme en détresse. Les femmes sur lesquelles on se penche dans ce film sont soit des femmes guerrières, comme dans la scène de la fusillade lors d’un mariage, soit des femmes fatales manipulatrices comme le personnage de Uniqua (Tracy Camilla Johns)

Le rapport ethnologique est différent de ce que l’on a l’habitude de voir, par exemple le statut du blanc, il est très rarement présent, même pour le coéquipier de Scotty, Nick Peretti2 (Judd Nelson). D’ailleurs plusieurs fois dans le film on peut entendre que « c’est une histoire de noirs », jusqu’à ce que Nick dise que c’est une histoire de mort, en définitive le message est que le crack touche tout le monde. La preuve c’est que le plus de blancs que l’on peut voir dans un plan se trouve dans la séquence de sevrage de Pookie, par cette scène on peut voir une autre convention générique, celle du drame. Et là où Van Peebles casse encore les codes, c’est dans les employés du commissariat, ce sont les blancs qui lavent le sol(4), je pense que c’est l’un des rares films à montrer ça, surtout dans le quartier d’Harlem.

Les personnages sont assez stéréotypés, mais pas au point d’aller jusqu’à un manichéisme, contrairement à des films comme Die Hard (1988). Nous allons donc faire un cas par cas pour trois des principaux personnages, à savoir Nino, Scotty et Pookie, pour enfin faire le lien entre eux en incluant Gee.

Nino: Wesley Snipes s’est imprégné du rôle de gangster de la rue avec des amis qui travaillaient dans ce milieu. Nino, le « super-gangster »(5) noir qui tient tête à la mafia italienne, comme dans la scène où il mange une banane (stéréotype de l’homme noir sauvage) en parlant avec un mafieux. C’est aussi Tony Montana, référence avec la séquence où il regarde Scarface(6) avec la phrase culte « The World is mine ». Nino prêt à tout pour gagner de l’argent, qui est un principe du Hip-Hop. D’un point de vue de son style, il est classe pour l’époque, costumes en soie très colorés, la coupe de cheveux, les accessoires typiques du gangsta rap. En définitive c’est le MC (Master of Ceremony) du trafique de drogues. Il n’a pas de moral mais veut bien faire pour sa communauté, il offre des repas, donne de l’argent aux enfants, même si en réalité c’est une manière de les amadoués très jeune. Quand il tue c’est pour le business, ce n’est jamais personnel. Je pourrais le désigner comme un héritier de l’archétype du Black Buck.

Scotty Appleton: Contrairement au réalisateur, Ice-T vient de la rue. Il a été impliqué dans des affaires de gangs et est une icône en tant que rappeur West Coast. Ce rôle a tout de même était un risque pour sa carrière de rappeur, incarnant un flic East Coast alors qu’en 1991 c’est le début de la rivalité West Coast/ East Coast (Tupac VS Notorious). « Flic Hip-Hop », Scotty vient de la rue aussi mais pour faire contrepoids au personnage de Nino. Personnage dans la lignée de Shaft, il ne parle pas comme un flic, son langage et son style vestimentaire sont typiques de la rue. Il veut éradiquer les problèmes, qu’il a connu notamment avec le meurtre de sa mère. Nino étant le meurtrier ce qui va donner un climat de vengeance et de tragédie grecque à la fin du film (notamment avec le face à face entre Nino et Gee)

Pookie: Chris Rock est en début de carrière, le fait qu’un comique joue le rôle d’un junkie ne fait qu’accentuer le message du film, mais le personnage garde aussi l’archétype du Coon, il est aussi là pour faire rire, mais c’est la victime. Par ailleurs le junkie est souvent montré comme quelqu’un de dangereux, hors ici, c’est tout le contraire, un pathos se crée tout au long du film, on voit Pookie comme petit voyou, puis comme une personne faible et enfin un phœnix qui renaît de ses cendres pour aider la police, mais qui retombe dans la spirale infernale qui le conduira à la mort.

New Jack City est un film policier, de gangster avec ses codes du bon contre le méchant, et le système mafieux exploité du début à la fin du film. Mais c’est aussi un drame traduisant les problèmes que vivent les habitants d’Harlem au milieu et à la fin des années 1980. Ce film innove dans le sens où il est l’un des premiers à rendre compte de la culture urbaine Hip-Hop, et utilise un rappeur gangsta pour incarner un policier ou un comique pour faire le junkie. Bien sûr ce film reprend des éléments déjà vu dans les films de mafia ou blaxploitation mais en général un film n’est pas une révolution mais une évolution. Pour son premier film Mario Van Peebles nous montre un film de mafia noire sur un fond Hip-Hop avec une bande son qui pourrait tout aussi bien diriger la narration. C’est un film engagé derrière cet aspect de film uniquement pour une minorité qui a su montrer la rue telle que les gens de l’époque l’ont connu.

Iconographie :

SuperflydivaBlack panthersbalayerSuper gangsterScarface

Bibliographie

DUBOIS, Régis, Hollywood, cinéma et idéologie, Sulliver, 2008, p75-91

http://www.newyorkmania.fr/2011/03/harlem-lame-black-de-new-york/

http://en.wikipedia.org/wiki/New_Jack_City_(soundtrack)

VAN PEEBLES, Mario. New Jack City [dvd vidéo]. Warner Home Video France. 2005. 97 min (+ BONUS).

1 Dubois, Régis, Hollywood, cinéma et idéologie, Sulliver, 2008, p75-91 : « Par exemple dans la série à succès des Flics de Bervely Hills (entre 1984 et 1994) le personnage n’a jamais aucune aventure amoureuse »

2 La rencontre entre les deux personnages donne l’illusion d’un Buddy Movie, c’est à dire deux personnage qui ne s’aiment pas et/ou sont très différents vont être amener à faire équipe, dans la lignée des duo noir et blanc, Lethal Weapon, 48Hrs, Die Hard : With a Vengeance

Morgan

Partagez cet article sur vos réseaux sociaux:
Morgan
Me retrouver

Morgan

Morgan, 22 ans (1992), étudiant en licence de cinéma à Lille 3, je suis passionné par le cinéma, les comics, les jeux vidéos, la paléontologie et bien d’autres choses. Quand je vois mes goûts cinématographiques ou musicaux, j’ai l’impression d’être resté bloqué dans les années 80 et 90, mais bon j’ai pas l’impression d’être le seul, on est beaucoup à avoir grandit avec Spielberg et du coup on ne veut pas grandir.
Morgan
Me retrouver
Morgan

Morgan

Morgan, 22 ans (1992), étudiant en licence de cinéma à Lille 3, je suis passionné par le cinéma, les comics, les jeux vidéos, la paléontologie et bien d’autres choses. Quand je vois mes goûts cinématographiques ou musicaux, j’ai l’impression d’être resté bloqué dans les années 80 et 90, mais bon j’ai pas l’impression d’être le seul, on est beaucoup à avoir grandit avec Spielberg et du coup on ne veut pas grandir.

Un commentaire

  1. est-ce qu’il s’agit d’un article (mal) traduit en français ?
    ou bien l’auteur dispose-t-il de problèmes à s’exprimer dans la langue de Molière ?
    mise à part un langage assez dur à suivre, la critique est pas mal, y’a de bonnes idées, ‘fin parfois des concepts jetés en vrac

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *