Cinéma,  Critiques

Critique de “Kaamelott : Premier volet” par E-Stark


“- Qu’est-ce que vous entendez exactement par : Vous êtes de retour ?

  – Des fois que vous redeveniez roi …

  – Quoi ?!

  – Oui, oui, ben c’est vrai que ça fait envie quoi. Après si vous le sentez pas … ben vous le sentez pas hein !”

Alexandre Astier et Alain Chabat – “Kaamelott : Premier volet” de Alexandre Astier (2021)

 

ATTENTION : Spoilers sur la série possibles.

Dix ans, voilà même plus de dix ans que la série Kaamelott s’est achevée sur le petit écran. Après six saisons et un long silence radio, Alexandre Astier reprend les rennes de son oeuvre pour la transposer au cinéma. Une promesse de longue date à l’origine de tous les espoirs d’une communauté solide de fans.

Dans la culture populaire française, Kaamelott fait indéniablement partie de ces oeuvres qui occupent une place à part. Proposée au départ comme une série en format court de trois à quatre minutes pour remplacer Caméra Café sur M6 en 2005. Qui aurait pu croire qu’Alexandre Astier aurait pu aller jusqu’au bout de ses ambitions en proposant six Livres et ce premier film qui inaugure une trilogie ? Avec un sujet pareil, un humour aussi marqué et casse-gueule ? Pas grand monde, certains voulant surfer sur la vague de l’histoire anachronique s’y sont même cassé les dents (La Petite Histoire de France). Pourtant nous y voilà, plus de dix ans après et une pandémie mondiale repoussant encore l’échéance, Kaamelott : Premier volet sort enfin en salles et en grandes pompes s’il-vous plaît. La France toute entière semble dérouler le tapis rouge, malgré la situation sanitaire, fière sûrement de cette saga bien de chez nous. Que l’on se rassure : il y a de quoi fanfaronner !

 

Pour situer un peu les choses (en gros), à la fin du Livre VI qui n’était pas la suite du Vème mais bien un flashback sur les jeunes années d’Arthur dans la milice urbaine romaine, l’empire de César étant sur le déclin, le dernier épisode reprend là où s’était arrêté la saison précédente. Arthur se reposant à Tintagel fini par abdiquer en faveur de Lancelot, car trop faible et anéanti par la découverte de sa stérilité. Mais l’ombre de Méléagant plane toujours sur Lancelot, et ce dernier ne tardera pas à brûler la Table Ronde et à traquer les chevaliers fidèles au seul roi capable d’extirper Excalibur de son rocher. Quant à Arthur justement, il est mit à l’abris par le marchand Vénec et finira par retourner à Rome. La dernière scène de la série, dans un formidable hommage à De Funès, montre Arthur semblant reprendre le dessus. Dans l’univers de Kaamelott comme dans la réalité, dix années passeront pour nous amener aux évènements du film. Arthur a donc disparu, les chevaliers se sont organisés en une résistance sous la houlette de Perceval et Karadoc à la tête du clan des Semi-Croustillants, et Lancelot quant à lui se révèle être un régent tyrannique. Je n’en dirais pas plus pour ne rien spoiler du film.

 

Que dire alors de ce premier volet de Kaamelott au cinéma ? Beaucoup de choses. La première c’est que le film est beau, visuellement parlant, tout est léché et la photographie pleine de clairs-obscures sied parfaitement à l’ambiance et au ton qu’arbore le film. Car qu’on se le dise, le film est aussi drôle que sombre et épique qu’émouvant. L’épique et l’émotion sont d’ailleurs les deux nouveaux ingrédients qui s’ajoutent à la recette originelle. Astier distille dans son film des instants de bravoure et de remise en question, il jauge habilement l’humour et le drame. Dit comme cela on pourrait croire que le film ne fait qu’arborer le ton et l’ambiance des deux dernières saisons de la série. C’est pourtant bien différent car le film est finalement une synthèse assez maligne de l’ensemble de la série, on y retrouve autant les séquences drôles caractéristiques des quatre premières saisons et les passages bien plus sombres et mélancoliques des deux dernières. En cela l’écriture se révèle à nouveau être la véritable force de l’œuvre d’Alexandre Astier. Toujours armée de son verbe fleuri et des anachronismes linguistiques qui vont avec, l’écriture du film est remarquable à bien des égards, tant cette dernière parvient à transmettre aussi bien les émotions d’un Arthur plus que jamais en pleine introspection, que la vaillance de ses chevaliers qui malgré leur bêtise apparente, ont conservés la foi qu’ils avaient en leur roi.

 

Mais avec Astier aux commandes, l’écriture n’était pas à craindre, la série ayant déjà fait montre de ce que le bonhomme a sous la sandale. En revanche là où le film demeurait intrigant c’était sur sa narration. Comment mettre en images un univers qui nous est aussi familier que celui-ci ? Parce que de la fameuse Kaamelott par exemple, on en connait surtout les intérieurs mais à quoi peut-elle bien ressembler en fin de compte ? C’est là qu’à mon humble avis le film devient génial, parce qu’il donne une toute autre perspective à la série. En montrant les personnages dans leur univers et en sortant du microcosme imposé par le format télé, le royaume de Logres se révèle immense au sein d’un monde qui l’est tout autant. L’univers de Kaamelott devient ici tangible et vrai, immersif et varié comme en témoigne ces séquences superbes en Méditerranée.

 

Bien entendu cet univers ne serait rien sans les comédiens talentueux qui lui donnent vie. Non sans émotion, on retrouve toutes les têtes familières, Leodagan toujours campé par l’immense Lionel Astier, à ses côtés Joëlle Sevilla toute aussi géniale, mais aussi bien sûr Franck Pitiot et Jean-Christophe Hembert, Anne Girouard, Thomas Cousseau, Audrey Fleurot, François Rollin, Alain Chabat, Antoine de Caunes et Jacques Chambon. Mais aussi les personnages plus secondaires mais pas moins géniaux campés par Christian Clavier, Serge Papagalli, Loïc Varraut, Bruno Fontaine ou encore les nouveaux sous les traits de Guillaume Gallienne, Sting et Clovis Cornillac. Le bonheur en somme, ou plutôt la joie de vivre et le jambon comme dirait Karadoc.

 

Bien sûr et c’est inévitable tant son aura plane partout : Alexandre Astier. J’emploierais la première personne du singulier pour cet ultime paragraphe, impossible de faire autrement tant celui-ci va être personnel et subjectif. Je sais qu’il n’est pas forcément de bon goût de galvauder certains termes, mais tant pis j’ose, car quand j’y pense c’est bien seulement le mot génie qui me vient en tête pour parler d’Alexandre Astier. Du génie parce qu’il en faut pour être à la fois acteur, réalisateur, compositeur et même monteur sur son propre projet, je suis d’ailleurs sûr que j’oublie quelques casquettes. Mais au-delà de cela, dans notre horizon des artistes en France, force est de constater que s’il y en a bien un qui se détache du lot c’est lui. Il n’est pas le seul bien sûr, mais comment exprimer autrement que cela me met toujours en joie de l’écouter parler franchement en interview, sans filtre, n’hésitant pas à pointer du doigt les vrais problèmes, notamment ceux qui peuplent le petit écran. Humainement parlant et artistiquement tout se recoupe, Astier est un passionné et inéluctablement il devient passionnant. Je me souviens de ce passage où il expliquait à quel point cela l’attristait de voir qu’aux heures de grandes écoutes à la télévision, c’était en quelques sortes festival des crétins. Que là où on avait la possibilité d’apprendre des choses aux gens, de piquer leur curiosité pour leur donner envie de découvrir des choses et d’élargir leurs horizons, on ne saisissait pas cette chance et qu’on préférait leur proposer pléthore de programmes qui n’apportent rien de plus si ce n’est qu’un nivellement par le bas des masses. Et bien Kaamelott c’est aussi pour cela que c’est génial, parce que malgré le ton volontairement anachronique, jamais Alexandre Astier n’a dénaturé son support d’origine. Une comédie dramatique certes, mais au début du Moyen-Âge avec des thématiques et des problématiques propre à cette époque. Personne n’est idiot dans Kaamelott, chacun a sa propre logique, voit le monde par son propre prisme, et le plus beau c’est que tout le monde s’influence. Je terminerais donc là-dessus, en adressant un immense merci à Alexandre Astier de faire ce qu’il fait, comme il le fait et pourquoi il le fait. MERCI !

Ainsi donc, puisqu’il faut bien conclure, Kaamelott : Premier volet s’avère être à la hauteur des attentes, comme à son habitude Astier a fait les choses comme il l’entendait et pas comme les fans le voulaient. Seul maître de son bateau. Certes on pourra peut-être trouver à redire sur la mise en scène, parfois un peu expéditive, mais à cela il faut quand même souligner que la vraie mise en scène du film c’est par la musique qu’elle passe, nous prouvant une fois encore que Kaamelott ne se résume pas seulement à quelques blagues sur la saucisse autour d’une table ronde entre deux quêtes pour trouver le Graal, non. C’est bien plus grand que cela, bien plus.

Kaamelott : Premier volet

8.5

Ma note :

8.5/10

Les Plus

  • Passage réussi sur le grand écran !
  • Une bande originale aux petits oignons.
  • Un casting en forme au service d'un film ambitieux !

Les Moins

  • Une mise en scène assez classique et expéditive. Qui fait néanmoins le job.

Cinéphile parfois cinéphage, j'aime écrire et lire des critiques. Je voue un véritable culte à Terrence Malick et Tim Burton, mais je suis d'une manière générale assez éclectique en matière de cinéma. Bonne lecture ... ou pas !

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