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Critique de “La Reine des Neiges II” par Axel

Les suites des “Classiques d’animation” ont longtemps été compliqués à gérer pour la firme aux grandes oreilles, la première étant “Bernard et Bianca au Pays des Kangourous” sortie en été 1990 au cinéma, celui-ci fut un des plus gros échecs commerciaux de Disney et ce n’est pas un hasard si toutes les suites qui suivront seront produites avec un budget moindre et destinées uniquement au marché de la vidéo. Ce n’est qu’en 2018 avec la sortie de “Ralph 2.0” aux Etats-Unis que les suites refont surface sur les grands écrans (sauf si vous considérez “Fantasia 2000” comme une suite directe à “Fantasia”, mais bon vous ne faites pas parti de ces gens-là, vous, vous avez des valeurs) et un an plus tard alors que 2019 vit ses derniers instants, “La Reine des Neiges II” sort en salles. Le premier film sorti en 2013 avait eu l’effet d’un raz de marré sur la Culture (avec un grand C), même si vous n’avez pas vu le film, vous avez sûrement déjà entendu les chansons (ou plutôt LA chanson), vu déborder de jouets les rayons de votre Leclerc préféré (non mais je sais il est génial, il y a toujours une place de libre près de l’entrée, il ne déborde pas de mondes les samedis et Jeanine elle me donne toujours un stickers Star Wars en plus quand je passe à la caisse) ou mangé la galette des rois à l’effigie des personnages, bref vous avez que vous le souhaitez ou non connaissance de ce film.

J’ai beaucoup d’affection pour le premier film, il est drôle, touchant, avec de très jolis visuels et de superbes chansons (j’ai personnellement une préférence pour la Version Originale, tout d’abord parce que j’adore les paroliers que sont Kristen Anderson-Lopez et Robert Lopez, ce dernier qui a écrit deux de mes comédies musicales favorites Avenue Q et The Book of Mormon et ensuite parce que l’orfèvrerie des mots choisis et la qualité d’écriture des chansons ne sont simplement pas comparables). Pour résumer j’étais plutôt satisfait et ne ressentais pas le besoin de voir une suite.

La Reine des Neiges II est un film qui brille tout d’abord par sa qualité d’animation implacable et sans concessions, l’animation précise des visages des personnages permet à chacun d’avoir des expressions très détaillées et différentes selon leurs personnalités ce qui souligne habilement et avec beaucoup de justesses leurs émotions et leurs pensées, ce qui semble évident pour un film d’animation mais qui n’est pas si facile à obtenir car cela demande beaucoup de travail (et de dollars) pour arriver à un résultat aussi satisfaisant. Tous les objets animés que ce soit les personnages, les animaux ou les créatures ont tous fait preuve d’une attention aux détails dans leurs façons uniques de se mouvoir dans l’espace; une mention spéciale aux colosses de pierres et au cheval d’eau qui sont tout simplement incroyables à voir se déplacer et interagir avec l’univers qui les entourent. Les peaux des personnages humains sont également passés à un cran supérieur dans le détail, cet aspect “poupées de porcelaines” qu’on pouvait trouver dans le premier est moins présent, il y a des aspérités et des irrégularités plus importantes (ne vous attendez pas non plus à des personnages avec des boutons ou de l’eczéma, les problèmes de peaux n’existent pas à Arendelle apparemment). Les décors eux aussi sentent bon l’exigence dans la recherche de la perfection dont ils ont fait preuve, des forêts aux couleurs de l’automne en passant par les habitations et villes, tout est fait pour que l’univers soit cohérent visuellement. Le film met en scène pas mal d’évènements météorologiques, ceux-ci sont véritablement impressionnants à voir, que ce soit la gestion très fine de l’eau assez présente dans ce film, aux brouillards pleins de nuances et de textures pour les plus marquants en passant par le feu et la glace bien évidemment, rien n’a été laissé au hasard, on sent pleinement le travail des animateurs à vouloir chercher un rendu le plus réaliste possible et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne se fichent pas de nous.

L’histoire que nous raconte cette suite, Elsa qui est maintenant reine d’Arendelle, entends depuis peu une voix qu’elle seule peut percevoir qui semble l’appeler, hésitante au début, elle va finalement partir pour découvrir l’origine de cette voix qui semble liée à ses pouvoirs, accompagné d’Anna, Kristoff, Sven et Olaf. La trame narrative qui pourrait sembler plutôt anecdotique est finalement plutôt agréable à suivre même si quelques lenteurs et problèmes d’écritures minimes gênent un tout petit peu le fil de la narration et la compréhension. L’univers et les personnages se dévoilent et se développent beaucoup plus que dans le premier, les personnalités de chacun se précisent de manière exacerbée, Anna est toujours de plus en plus surprotectrice envers sa sœur (d’ailleurs une grosse partie du film évoque cela d’une très belle manière, j’y reviens juste après), Elsa de plus en plus téméraire et déterminée à découvrir ses origines et à s’affirmer, Olaf qui se pose toujours des questions existentielles empreintes de mélancolie, Kristoff qui est totalement perdu sans Anna (ce qui donne lieu à une des meilleures, si ce n’est la meilleure scène du film, qui le voit interpréter sa chanson à la manière d’un clip d’une chanson pop des années 80. Je sais que dis comme ça, ça peut paraître horrible et gênant, mais je vous assure que ces trois minutes sont réalisées avec brio et assez d’intelligence pour ne pas tomber dans la parodie sans pour autant laisser de côté le fait que c’est un peu ridicule donc c’est très drôle à voir, j’ai eu d’énormes fous rires pendant toute cette séquence et elle suffit à elle seule l’achat de votre ticket de cinéma). Les moments comiques, fonctionnent toujours parfaitement, même encore mieux que dans le premier et naviguent avec beaucoup de justesse sur la corde de la comédie sans jamais tomber soit dans le ridicule total (puisque le film aborde des thèmes sérieux et graves) soit dans le trop sérieux, ce qui ne fonctionnerait pas du tout. Autrement, le film a provoqué à plusieurs reprises un phénomène physique incontrôlable sur ma personne, des sécrétions des glandes lacrymales, ce que vous humains appelez “les larmes aux yeux”, face à certaines scènes qui sont totalement déchirantes et dures pour les personnages (Anna dans la grotte par exemple pour ceux qui ont vu le film) ou la scène de délivrance quasiment épique (Elsa qui trouve l’origine de ses pouvoirs) tout est fait pour que même ceux qui ont un cœur de pierre se retrouve à dire face à ces scènes “ah mince SNIF je crois que j’ai une poussière dans l’œil SNIF”. Les thèmes abordés m’ont surpris, car je ne m’attendais pas en allant voir La Reine des Neiges II à réfléchir sur l’acceptation de son héritage culturel et personnel, dans ce qu’il a de bon et de mauvais, puis comment dépasser tout cela et avancer dans sa vie sans se laisser dévorer par son héritage tout en n’oubliant pas le passé; mais également sur le deuil, la façon de le gérer et ce qu’il peut infliger à une personne, dans le cas d’Anna par exemple, le fait d’avoir perdu ses parents si tôt dans son développement personnel à provoqué un traumatisme qui la rend surprotectrice envers sa sœur. D’ailleurs l’amour entre Anna et Elsa (arrêtez-vous tout de suite avec votre esprit tordu), l’amour qu’elles ont l’une pour l’autre plutôt, est une des choses les plus belles de cette série à mon humble avis et dans ce deuxième volet cet aspect est formidablement développé, on ressent toute l’affection sororale (un mot que je vous invite à placer lors de votre prochaine soirée mondaine) que ce soit par leurs paroles l’une envers l’autre ou par des gestes comme le fait qu’elles se tiennent souvent par la main. Bref c’est un film avec de très beaux messages, qui sont toujours traités avec énormément de justesses, de sensibilités et d’intelligences.

J’ai vu le film en français, de ce fait, je ne peux juger que le travail fait sur le doublage, et celui-ci est vraiment très bon. Même moi qui n’ai jamais vu La Reine des Neiges en français et qui avais un peu peur de ne pas m’y retrouver avec les voix des personnages, je n’ai pas été trop choqué, à part peut-être au début quand j’ai découvert la voix d’Olaf qui est la seule qui ne correspond pas vraiment à la voix de Josh Gad en VO, sinon les autres interprétations fonctionnent parfaitement.

Les chansons sont pour moi un des points forts de ce film (après trois jours de chansons en boucle dans mes oreilles je pense que je peux le dire), je les trouve formidablement écrites (j’ai toujours une préférence pour la VO, même si la VF n’est pas si mauvaise), les mélodies sont superbement travaillées, somptueuses et un pur délice pour les oreilles, le niveau de production semble également avoir pris un cran supplémentaire puisqu’on a l’impression d’avoir de vrais numéros musicaux sortis des meilleures comédies musicales de Broadway (non pas toi Cats on ne t’a pas adressé la parole). Ce qui me sidère toujours autant c’est la qualité d’écriture apportée aux paroles sur toutes les chansons mais je trouve que l’exemple le plus parlant est celui de la toute première, entonnée dans les cinq premières minutes du film qui est une comptine que la mère d’Elsa et Anna chantait avant qu’elles s’endorment, le tour de force étant que cette chanson est une sorte de clé qui explique ce qui va se passer dans le film et principalement comment Elsa va trouver la source de ses pouvoirs ainsi que les autres découvertes qu’elle y fera en même temps. Tout cela est fait d’une manière profondément poétique, qui vous déchire le cœur quand vous réécouterez la chanson après avoir vu le film, cette forme de narration à travers les chansons qui consiste à faire avancer l’histoire tout en donnant des éléments qui pourraient paraître insignifiants, mais qui en réalité sont importants au déroulement du récit, est fait avec une grande intelligence et une beauté lyrique de chaque instant. Ce n’est pas un hasard si dans les crédits de fin pour l’histoire du film, les paroliers sont cités au même titre que les scénaristes du film.

“La Reine des Neiges II” n’est pas la suite inutile qu’on aurait pu craindre, elle a un vrai propos à développer et le fait de la plus belle des manières. Visuellement et musicalement ébouriffant et rafraichissant, les quelques petites longueurs et incohérences d’écritures à certains moments seront les seules ombres au tableau sinon quasiment parfait de ce film. J’ai passé un superbe moment et je vous recommande de le découvrir si ce n’est pas déjà fait.

La Reine des Neiges II

9

Note

9.0/10

Les Plus

  • Une suite qui développe parfaitement l'univers du premier
  • Une technique d'animation, des visuels et une ambiance très travaillés
  • Des mélodies et une qualité d'écriture des chansons implacables

Les Moins

  • Quelques petites longueurs à noter
  • De petites incohérences et problèmes d'écriture minimes
Axel

Le cinéma semble être une addiction dont on ne se débarrasse pas facilement. C'est pour partager cette passion que j'ai créé ce site, vous pouvez me lire dans les critiques que j'écris et aussi m'écouter dans les émissions audio produites par MoviesNerd.

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