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Critique du film “Une sirène à Paris” par Quentin

La nouvelle fantaisie du prolifique Mathias Malzieu, chanteur du groupe de rock français “Dionysos”, était l’une des grandes curiosités de ce début d’année 2020 sur grand écran. Amour impossible entre un “surprisier” et une sirène dans une capitale de carte postale, fantastique prenant vie dans un quotidien qui se ternie alors que les rues prennent l’eau (la narration se situe en 2016 lors de la crue parisienne). On se délectait de découvrir ce conte à mi-chemin entre les plus grands plaisirs de Jean-Pierre Jeunet et la poésie que l’on connaît au musicien. Réussite ou résultat en queue de poisson ?

Le réalisateur n’en est pas à son premier essai en terme d’excursion au sein des salles obscures : Jack et la mécanique du coeur, film d’animation sorti en 2014, était un véritable bijou d’inventivité et de douce poésie. Un univers riche, travaillé, foisonnant de fines idées et d’une patte visuelle unique étaient ce qui en faisait un premier essai prometteur, c’est d’ailleurs ce talent au contact du monde de l’animation qui ressort d’une scène où la jeune sirène incarnée par Marilyn Lima (Skam France) regarde un programme animé sur une télévision désuète.

Tristement, c’est également cette scène qui mettra en lumière tout ce que le film aurait pu être, avant de se présenter comme un demi-film, ampoulé d’une continuité d’idées bienvenues auxquelles le format “live-action” choisi par Mathias Malzieu n’aurait finalement jamais pu rendre justice. En effet, Une sirène à Paris est un film handicapé, handicapé car succession de scènes faites, on le ressent, soit pour un budget plus conséquent, soit pour un format animé qui n’a pas été retenu. On regrette une oeuvre en images de synthèse destinée peut-être à un public plus adulte, mais qui aurait alors été au bout de son ambition.

Les prestations livrées par Marilyn Lima et Nicolas Duvauchelle (Polisse) dans la peau de ce couple chimérique, si elles sont des plus sincères, n’y pourront d’ailleurs pas grand chose. En effet, même dans la caractérisation des protagonistes qui évoluent devant la caméra du musicien au chapeau, tout sonne proche de la grandiloquence familière aux personnages de Jack et la mécanique du coeur, qui tombe dans le cas présent complètement à plat. Reste le plaisir de voir une Rossy de Palma (Femmes au bord de la crise de nerfs) en voisine de pallier un peu trop curieuse, absolument savoureuse.

Le sentiment qui résulte est que l’histoire semble s’étirer sur des arcs narratifs bien peu palpitants, à commencer par celui de l’antagoniste sous les traits de Romane Bohringer, infirmière Ratched au rabais, qui détourne le récit autour d’une quête de vengeance anecdotique et en totale dissonance avec le ton du long métrage.

La satisfaction principale à tirer du film est toutefois la beauté de son esthétique. Si elle ne peut servir le récit d’une quelconque manière, soit, reconnaissons néanmoins le travail sur la photographie, sucrée et incarnée, véritable point fort. En outre mesure, la bande-son est remarquable, sans grandes surprises : Mathias Malzieu est un artiste complet, talentueux et rêveur, dont le regard sur le monde et sa réalité est nécessaire aujourd’hui. Un surprisier de tous arts, dont le travail musical, son domaine de prédilection, ne déçoit évidemment pas.

Une sirène à Paris est un beau film, échoué, à l’instar de Lula, la sirène éponyme, sur les mauvaises berges propice à son épanouissement. C’est aussi regrettable qu’on ne peut s’empêcher de saluer l’honnêteté du projet. On attends alors avec encore plus d’impatience les prochaines boîtes à surprises du metteur en scène, riche de nouvelles cordes à son arc.

Quentin

Une sirène à Paris

5

Note

5.0/10

Les Plus

  • Une esthétique travaillée
  • Rossy de Palma éblouit chacune de ses scènes
  • Une bande originale réussie

Les Moins

  • Un format visuel et narratif inadéquat
Quentin

Mes films : 1/ Titanic ; 2/ Edward aux mains d'argent ; 3/ Roméo + Juliette ; 4/ Shrek 2 ; 5/ The Hours ; 6/ The Place Beyond the Pines ; 7/Fight Club ; 8/ Apocalypse Now ; 9/ Jackie Brown ; 10/ La Cité de la Peur ; 11/ Dark Crystal ; 12/ Là-Haut ; 13/ The Grand Budapest Hotel ; 14/ Le Voyage de Chihiro ; 15/ La Belle et la Bête ; 16/ Interstellar ; 17/ Ghost ; 18/ Tout sur ma mère ; 19/ Kramer contre Kramer ; 20/ BlacKkKlansman ... (et tellement d'autres)

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