Critique de “Projet Almanac” par Morgan “La SF pour les (très) nuls”

Projet Almanac est un film de science fiction réalisé par Dean Israelite, sorti dans nos salles le 25 février 2015. Ce film aborde principalement les codes du teen movie et sa particularité est qu’il a été réalisé sous forme de found footage, c’est à dire que c’est un film dans le film, toutes les images que vous voyez sont issues d’un objet filmique de la diégèse (caméra et appareil photo). Projet Almanac raconte donc l’histoire de cinq adolescents qui ont la possibilité de voyager dans le temps grâce à une machine, à partir de là, ils vont découvrir que faire les idiots avec le continuum espace-temps peut engendrer des catastrophes inimaginables.
Disons le clairement, si certains ne veulent pas lire la critique, parce qu’ils n’auraient pas vu le film ou car ils n’ont pas la motivation, Projet Almanac est aux films de SF, traitant du voyage dans le temps, ce que Annabelle est aux films d’horreur, à savoir, une arnaque inutile. Projet Almanac est voué à vous vendre du vide derrière une façade qui pourrait laisser penser que ce film offre une nouvelle expérience cinématographique au voyage dans le temps. Une (fausse) nouveauté qui se traduit notamment par la présence du found footage dont nous allons parler dès maintenant.

Found Footage qui ne trouve rien

Le found footage est une pratique existante depuis les années 60 mais qui, après Projet Blair Witch (1999), est clairement devenu à la mode grâce à des films comme REC (2007) ou Paranormal Activity (2009). Pour Projet Alamanac ce procédé aurait pu être intéressant, mais il ne suffit pas d’un cadrage amateur pour cela, il faut aussi donner au spectateur l’envie de regarder l’image, ainsi qu’apporter une cohérence à la présence de celles-ci. Or pour aucun des critères énoncés n’est présent, premièrement le cadrage, par exemple avec Chronicle (2012), le réalisateur Josh Trank a pris la décision d’utiliser des supports filmiques complètements différents, une caméra amateur, les caméras de surveillance, ou encore la télévision, et avant cela Brian De Palma avait réalisé la même chose, de manière brillante, avec son Redacted (2007). Pour Projet Almanac nous sommes très loin de ça, avec deux éléments différents dans leur forme mais identiques dans la maîtrise, nous avons une téléphone portable puis une caméra. De ce fait, à plusieurs reprises, nous avons des mouvements de caméra qui se dirigent dans tous les sens rendant l’instant irritable, s’ajoute à cela des coupent de quelques secondes en plein milieu du plan, on perd un fragment du mouvement alors que le principe le plus important du found footage est sans aucun doute le plan séquence, nous assistons donc là à une facilité du réalisateur pour sa mise en scène et sa direction d’acteurs… Par ailleurs nous pouvons aussi assister à des incohérences grossières, simple exemple, lorsque les objets lévitent et tournant sur eux même, la caméra aussi lévite, mais ne tourne pas sur elle même, pourquoi ? Pourquoi faire des cadrages infectes sans aucune raison et au moment où cela devrait sembler logique de le faire, le réalisateur s’y refuse ? Et pour finir sur ces incohérences, précédemment je parlais des régimes d’images existants de ce film, le smartphone et la caméra. Il faut savoir que la caméra a environ dix ans de plus que le smartphone, or ici aucune différence entre l’image du smartphone et celle de la caméra, que se soit dans la colorimétrie, le grain de l’image, ou encore le format vidéo. Et je ne parle même pas des plans qui sortent de je ne sais où , filmés à un endroit où aucun des protagonistes ne se trouvent, comme si quelqu’un qu’on ne connaissait pas se mettait à filmer. Le found footage de ce film perd donc toute crédibilité au même rang que l’intellect des personnages et des théories du voyage dans le temps.

Une Schizophrénie de personnages et de théories

Après avoir parlé des outils techniques, il est de bon ton de s’attaquer à la diégèse, honnêtement, et là je vais sembler un peu dur pour certains, cette forme diégétique est désirable pour un public crédule dont la moyenne d’âge s’établit entre un adolescent puéril de douze ans et un pré-adulte dont l’une des seules ambitions est d’atteindre ce qu’ils appellent le « Swag ». Tout comme dans la technique, il y a des incohérences incroyable qui n’aident certainement pas à aimer le film. Tout d’abord, comment des lycéens, comprenant deux ingénieurs et une tête pensante, peuvent avoir autant de faciliter dans le domaine scientifique et n’avoir aucune notion des théories sur la relativité, sur les paradoxes temporels ou encore sur l’effet papillon. Aller dans le passé pour faire la fête et gagner de l’argent sans penser aux conséquences, vous ne trouvez pas ça un peu bizarre pour des jeunes scientifiques qui se documentent notamment à travers des films ? Sur leur écran d’ordinateur on peut voir un cours instant L’Excellente aventure de Bill et Ted (1989), et ils ne se seraient pas renseignés sur les éventualités d’un tel voyage à travers la trilogie Retour vers le Futur et son almanach des sports ? Et ces idioties se forgent grâce à l’aide des fameux clichés du teen movie, David (Jonny Weston), le looser timide et intelligent est amoureux de la sublime et populaire Jessie (Sofia Black D’Elia), et quand Jessie lui dit de passer directement au test sur les humains plutôt qu’à celui sur les souris sous prétexte qu’on sait, à travers une vidéo datant d’il y a dix ans, qu’il voyagera dans le temps, David lui donne raison et passe directement au test humain… Est-ce que quelqu’un peut lui dire que rien n’indique qu’il n’a pas testé l’expérience sur des animaux avant de le tester sur lui ? Si on était dans Last Acion Hero (1993) il y a bien longtemps que je serais entré dans le film pour arrêter ce massacre, je vous le dis… Bref, avant de conclure j’aimerais m’arrêter sur la scène de fin qui à elle seule résume toutes les incohérences théoriques du voyage dans le temps, donc nous avons David dans sa cave (dix ans auparavant) qui explique à son père qu’il ne faut pas fabriquer la machine, le père détruit tout et David disparaît peu à peu. Or la caméra ne disparaît pas, si David disparaît sous prétexte que la machine n’a pas était fabriquée, et donc qu’il n’est jamais allé dans le passé, cette caméra n’aurait jamais dû traverser le temps non plus et David n’aurait donc pas retrouvé deux caméras au temps présent. Il y a donc là un mélange de deux théories, celle où David a modifié le passé donc on retrouve la caméra et il ne devrait pas disparaître, et celle où le futur ne change pas puisque nous avons une boucle temporelle, c’est à dire que même s’il a empêché son père de construire la machine en voyageant dans le passé, dans le temps présent il retrouvera uniquement la caméra qui n’a pas voyagé, fabriquera la machine, retournera dans le passé et demandera à son père de détruire la machine, et cette boucle fera office de bug dans le continuum espace-temps, mais bon je ne suis pas expert en la matière. Et si je devais ajouter une toute dernière chose concernant cette théorisation médiocre ce serait à partir de la scène où l’un des ingénieurs va passer une interrogation de chimie qu’il avait raté, les personnages voyagent à ce moment précis des dizaines de fois, et pourtant on ne voit jamais le groupe du précédent voyage comme par exemple Marty McFly (Michael J. Fox) dans Retour vers le futur II (1989) qui voit son autre lui qui avait déjà voyagé en 1955 ! Je pense que ces deux points sont suffisants pour dire que ce film est un écran de fumé et une honte par rapport à tout ce qui a pu se faire au cinéma avec le voyage dans le temps.
En définitive ce film est une honte pour le cinéma de science-fiction, mais aussi pour le teen movie, sans parlé du procédé du found footage. Bourré d’incohérence que ce soit dans sa technique, dans le comportement des personnages ou encore dans ses théories fumeuses sur le voyage dans le temps, Projet Almanac vous projettera (ou vous a déjà projeté hélas) dans un univers de débilité surfant entre Projet X (2012) et un Retour vers le futur dont le scénario aurait été confié à un Bogdanov sous LSD. Certes, certaines idées sont à retenir, le found footage était une idée intéressante mais tellement mal exploitée qu’elle en est devenue ridicule, présente uniquement dans un but commercial. On peut aussi noter certains traits d’humour comme lorsqu’ils gagnent au loto mais les points positifs restent nettement superflus en comparaison avec le nombre de déchets cinématographiques que contient ce film. Projet Almanac est donc un film que je déconseille clairement de voir à moins que vous soyez d’humeur masochiste ou alors que vous ayez besoin de voir ce qu’un film ne doit pas faire pour être respectueux d’un genre et d’une technique filmique.
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Morgan
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Morgan

Morgan, 22 ans (1992), étudiant en licence de cinéma à Lille 3, je suis passionné par le cinéma, les comics, les jeux vidéos, la paléontologie et bien d’autres choses. Quand je vois mes goûts cinématographiques ou musicaux, j’ai l’impression d’être resté bloqué dans les années 80 et 90, mais bon j’ai pas l’impression d’être le seul, on est beaucoup à avoir grandit avec Spielberg et du coup on ne veut pas grandir.
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