Critique de “Boyhood” par E-Stark

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boyhood_coltrane_3“Les gens disent qu’il faut saisir l’instant, mais c’est l’instant qui nous saisit.”

Ellar Coltrane – “Boyhood” de Richard Linklater (2014)

“Boyhood” a fait parler de lui pour une chose en particulier: la durée incroyable de son tournage. La chose à craindre pourtant avec le film, c’était les longueurs qu’il pourrait possiblement comporter, car dans une vie tout ne mérite pas forcément d’être rapporté à travers un film. Bien bêtes sont ceux qui ont eu de tels aprioris …

boyhood_hires_3“Boyhood” c’est un peu le film qui saura toucher tout le monde d’une manière différente, tant son sujet simple est pourtant au centre d’une narration bien plus vaste. Richard Linklater ne fait pas ici semblant de raconter une histoire de famille avec le prétexte des douze années de tournage, non, il fait aussi un constat pertinent du temps qui passe et de ce qui par conséquent évolue.
Filmer des petits rien ne veut pas dire meubler son film par ce que le scénario est vide, non au contraire, ici Linklater choisit de mettre en scène la vie d’une famille sans pour autant oublier de parler de l’univers dans laquelle cette dernière évolue. D’ailleurs heureusement que le réalisateur opte pour cela, le film étant volontairement dépourvu de repères chronologiques trop marqués du type : “Austin, Texas, 2002”. Afin de plonger le spectateur dans cette histoire, la réalisation s’axe autour d’éléments simples mais qui font mouche.

o-BOYHOOD-facebookPour nous situer dans le temps il y a bien sûr les évolutions physiques des personnages, mais aussi les évènements qui ont parcourus la première décennie du 21 ème siècle. “Boyhood” ne s’inscrit donc plus dans le panthéon du cinéma comme à ce jour le film qui a été fait sur 12 ans, mais il se révèle aussi et surtout être le témoin direct de toute une époque. C’est non seulement ce qui rend cette histoire passionnante, mais c’est aussi grâce à cela que naît l’émotion, car la nostalgie s’instaure forcément. Impossible de ne pas se souvenir de nos expériences vécues durant les années que traverse le film. Une partie de la force de “Boyhood” réside aussi ici, dans cette capacité à toucher tout le monde de manières très personnelles.
Mais Richard Linklater ne se contente pas uniquement de filmer une famille et une époque, il fait aussi le constat d’une société. L’Amérique est ici présentée sous diverses figures, à la fois blessée comme après les évènements du 11 Septembre 2001, mais aussi célébrée grâce à l’unification de son peuple pour briser les frontières de la discrimination. Au-delà de la simple vision globale d’une nation, Linklater à l’instar de la famille du jeune Mason (Ellar Coltrane), filme aussi les Américains (et non pas seulement l’Amérique). Les armes à feux, la religion, la fermeture d’esprit qu’engendre certaines traditions, tout ce qui caractérise cette nation passe ici à travers le médium du cinéma, et cela sans jugement, mais plutôt avec une certaine pudeur et dans un esprit de constatation.

b9c8adff77d12c2d702c842ffc182836Évidemment il est impossible de parler de “Boyhood” sans aborder sa réalisation et sa mise en scène. Commençons donc par un fait indiscutable: sa cohérence. On a pour ainsi dire jamais vu un film aussi fluide concernant l’évolution des personnages, à la fois physiquement et moralement. Linklater a opté pour l’option du naturel, ainsi les acteurs ont carte blanche concernant leurs interprétations, et tout ce qui mérite d’être sur pellicule se retrouve sur pellicule. Les acteurs sont tous très justes, même le jeune Ellar Coltrane qui semble pourtant plus en sur-jeu durant la première année du tournage, gagne en profondeur par la suite.
Tous forment ensemble une troupe attachante que l’on suit au départ comme des étrangers, puis par la suite comme des gens que l’on connaît depuis longtemps. L’autre force du film est ici, dans l’immersion du spectateur grâce à l’histoire et les acteurs, car la réalisation de Richard Linklater sait toucher juste où il faut.
On peut aussi parler de la mise en scène qui sans être exceptionnelle, parvient pourtant à mettre en lumière les petites choses qui font qu’une vie vaut la peine d’être vécue.

capture-dc3a9cran-2014-04-26-17-48-00Ce sont les petites habitudes que l’on a quand on est enfant et que l’on ne comprend plus quand on est adulte, c’est aussi les premières expériences, les premiers baisers, les anniversaires … etc. Richard Linklater filme la vie sans chercher forcément la sublimer, mais il l’a filme avec une justesse éblouissante, et cela à la fois dans ses moments les plus beaux, mais aussi dans d’autres qui sont plus sombres. Une vie ou plutôt le début d’une vie, c’est le thème parfait pour mettre en relief des choses essentielles et qui peinent pourtant à être intelligemment exploitées au cinéma, avec “Boyhood” c’est une nouvelle référence qui prend vie.

 

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Rire, pleurer, être émue, avoir envie de danser, de rire, de chanter, tout ce que l’on fait parfois sans y accorder énormément d’importance, se retrouve ici subtilement disséminé de manières justes et belles dans “Boyhood”. Richard Linklater signe un film à la cohérence parfaite, qui dépeint une histoire de famille simple à travers le constat d’une époque. Dire qu’il s’agit-là de l’un des plus beaux long-métrages de l’année est un euphémisme, à vrai dire c’est certainement le plus beau.

 

Ma note: 9,5/10

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E-Stark

Cinéphile parfois cinéphage, j'aime écrire et lire des critiques. Je voue un véritable culte à Terrence Malick et Tim Burton, mais je suis d'une manière générale assez éclectique en matière de cinéma.

Bonne lecture ... ou pas !
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