Critique de “Moonlight” par Quentin

“You can be gay, but you don’t have to let nobody call you a faggot”

Ces nuances de bleu me hanteront pour longtemps. Ces nuances que j’ai moi-même traversées, que je traverse encore et que nous traversons tous, celles de la quête de soi, celles qui nous créent et nous détruisent, celles qui font ce que l’on est malgré ce que l’on aimerait être, celles qui font que l’on pleure, que l’on rit, et avant toute chose, celles qui font que l’on aime. C’est sous ces mêmes nuances de bleu qu’évolue Chiron à travers trois étapes charnières de sa vie : L’enfance, l’adolescence et l’âge adulte. Trois étapes qui schématisent cette oeuvre d’art sur pellicule pleine de poésie, criante de vérité. Barry Jenkins (réalisateur du méconnu “Medicine for Melancholy” sorti en 2008) nous plonge dans un quartier défavorisé de Miami afin de nous narrer l’histoire de son protagoniste, évoluant à travers un milieu où l’hyper-masculinité règne sur tout, où peu de place est faite aux sentiments.

Les thématiques qui découlent de l’oeuvre sont ainsi d’une immense importance : qu’est-ce qu’ “être un homme” ? Qu’est-ce que “la norme” ? Sommes-nous définit par les personnes que nous choisissons d’aimer ? Sujet douloureux, difficile dira-t-on, mais aujourd’hui plus que jamais essentiel. Pour transmettre son message, Jenkins mise donc sur le personnage de Chiron, être mutique, bouleversant, sublimé par les prestations exceptionnelles de trois acteurs mis au diapason, les jeunes Alex Hibbert et Ashton Sanders ainsi que le bluffant Trevante Rhodes, véritable révélation du long métrage. La maestria de “Moonlight” se fait dans les regards, dans les partitions exceptionnelles du compositeur Nicholas Britell (déjà à l’oeuvre sur la somptueuse bande-son de “12 Years a Slave” en 2013), cette douce nostalgie qui nous rappelle à quel point nous avons tous été Chiron à un moment de notre vie, peu importe notre orientation sexuelle ou notre classe sociale. Barry Jenkins brise les clichés, n’a pas peur de faire pleurer ses personnages masculins. On veut les voir pleurer, on aime les voir pleurer, on aime les voir vivre, se chercher, se trouver pour finir par se perdre à nouveau et s’enlacer. Alors que son protagoniste se mue vers un être qu’il n’est pas, Jenkins démonte peu à peu les poncifs d’un cinéma, d’un monde, que dis-je, d’une société qui (s’)épuise. La victoire du long métrage aux Oscars, ou bien même le succès rencontré par le film au box-office, n’a pour moi rien d’anodin : on place ici les premières pierres à l’édifice d’un art nouveau, qui s’émancipe de ses chaînes oppressantes. Un art qui hurle d’aimer, tout simplement.

Une autre très grande qualité du long métrage réside dans le soin apporté à l’écriture de ses personnages secondaires, guidant le chemin du jeune protagoniste. Oscar du meilleur second rôle masculin, Mahershala Ali crève l’écran de sa douceur et de son charisme singulier. Sorte de force tranquille, le personnage qu’il incarne sera pour Chiron son plus grand modèle, une figure paternelle qui l’aidera à évoluer au fil de ses émotions, le tout avec tolérance, tendresse et bienveillance : un véritable coup de coeur. Notons au passage l’excellente prestation de l’auteure-compositrice-interprète Janelle Monáe dans son tout premier rôle sur grand écran, également à l’affiche du superbe “Les Figures de l’ombre” en mars 2017.

Avec “Moonlight“, Barry Jenkins capte brillamment la psyché adolescente. Cri du coeur à l’encontre des complexes apportés par une société malade de ses pseudos-traditions, ouverture au bonheur et à l’acceptation de soi, nous avons là un objet de cinéma résolument unique, un joyau à l’état brut récompensé à juste titre aux derniers oscars, une reconnaissance pour laquelle l’académie ne sera jamais suffisamment remerciée. Incontournable, déjà un classique.

Quentin

Note : 5/5. 

“Moonlight”, film américain de Barry Jenkins, sorti le 1er février 2017, avec notamment Trevante Rhodes, Mahershala Ali, …

Synopsis : Après avoir grandi dans un quartier difficile de Miami, Chiron, un jeune homme tente de trouver sa place dans le monde. Moonlight évoque son parcours, de l’enfance à l’âge adulte.

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Quentin

17 ans. Un peu trop accro au 7ème art, au citron et à Depeche Mode.

Quentin en 10 films :
Roméo + Juliette (1996)
La Belle et la Bête (1991)
Titanic (1997)
Shrek 2 (2004)
Edward aux mains d'argent (1990)
L'Empire contre-attaque (1980)
The Dark Knight, le chevalier noir (2008)
Ghost (1990)
Vaiana, la légende du bout du monde (2016)
Le Secret de Brokeback Mountain (2005)
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17 ans. Un peu trop accro au 7ème art, au citron et à Depeche Mode. Quentin en 10 films : Roméo + Juliette (1996) La Belle et la Bête (1991) Titanic (1997) Shrek 2 (2004) Edward aux mains d'argent (1990) L'Empire contre-attaque (1980) The Dark Knight, le chevalier noir (2008) Ghost (1990) Vaiana, la légende du bout du monde (2016) Le Secret de Brokeback Mountain (2005)

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