Critique de “Ready Player One” par Anyore


Ready Player One de Steven Spielberg était un des films les plus attendus de 2018.
Adapté du roman éponyme d’Ernest Cline, il donne à voir un univers futuriste (pourtant peuplé d’éléments du passé) dans lequel évolue un jeune héros du nom de Wade Watts. Nous sommes en 2045, le monde « réel » semble avoir été, au moins en partie, anéanti, tout est sombre et gris. Pour échapper à la banalité et la morosité du quotidien, tout le monde se réfugie dans l’OASIS, simulation vidéoludique presque réelle où chacun peut être, se transformer et accomplir ce qui lui plaît. Le créateur de cet immense jeu y a dissimulé trois indices, trois clefs que les joueurs devront découvrir afin de gagner la récompense suprême : devenir maître de l’OASIS et remporter une fameuse somme d’argent. Mais les participants ne se montrent pas tous bien intentionnés… et l’OASIS a acquis une telle importance qu’obtenir son total contrôle déboucherait sur des enjeux potentiellement dangereux avec des répercussions dans le monde réel.

On connaît déjà la passion de Steven Spielberg pour les univers fantastiques et science-fictionnels, Ready Player One lui a visiblement permis de s’en donner à cœur joie. Ainsi, si le but des joueurs de l’OASIS est de le parcourir à la recherche d’indices, les spectateurs de Ready Player One pourraient bien se fixer le but de découvrir les innombrables références à la pop-culture que le réalisateur y a dissimulées. En effet, l’univers « virtuel » proposé est extrêmement fouillé et fourmille de détails, à tel point qu’il semble difficile de tout percevoir en un seul visionnage. Les scènes d’action (courses et batailles, notamment) sont par ailleurs impeccablement réussies.

Au-delà de cet univers visuel et référencé époustouflant, l’adolescence, l’amitié, l’entraide et l’acceptation de soi dans l’adversité figurent au cœur du film et l’on suit avec grand intérêt les aventures de nos héros, tout au long des 2h20. De fait, aucune faute de rythme n’est à déplorer et l’on passe par une palette d’émotions variées, de la peur à la joie.

Toutefois, en ce qui concerne la trame scénaristique à proprement parler, l’on aurait apprécié un peu plus d’originalité. En effet, une nouvelle fois nous avons affaire à des gentils très gentils  contre des méchants très méchants. Les personnages principaux, quoiqu’attachants, restent ainsi assez clichés dans leur style, sortes d’antihéros qui vaincront, ensemble. Il en va de même concernant le « grand méchant » ou même le créateur du jeu, bien que leurs présentations réciproques permettent de comprendre leurs motivations, on reste malgré tout en surface. On regrettera également un certain manque d’approfondissement au sujet de l’univers « réel » dont les prémisses ne sont que sommairement évoquées. Un développement aurait permis d’appréhender et de comprendre encore mieux cette société futuriste vraisemblablement peu agréable, et donc l’attrait et l’importance de l’OASIS. On déduira cependant aisément que pour parvenir à créer l’OASIS d’une manière aussi précise et détaillée, des choix aient dû être opérés, tant il est riche et complet visuellement.

Enfin, la réflexion sur la réalité virtuelle aurait, elle aussi, pu être un peu plus approfondie. L’OASIS permet de se cacher (du monde réel) tout en se donnant de la visibilité (en acquérant une célébrité « fictive »), donc d’être quelqu’un d’autre pour réussir à devenir vraiment soi-même. Les différents liens et conséquences des deux mondes l’un sur l’autre auraient dès lors mérité plus d’attention. C’est un monde des possibles qui s’offre aux joueurs… et pourtant, malgré toute l’originalité et les différences de ces mondes, le discours et la morale conservent une fois encore l’idée, certes intéressante, mais surtout habituelle, qu’il ne faut pas toujours s’échapper, pas toujours vouloir être quelqu’un d’autre, qu’il faut aussi prendre conscience et accorder de l’importance à qui « existe vraiment », car c’est ce qui est « vraiment réel ».

Ready Player One demeure toutefois un très bon film et probablement un des meilleurs films de science-fiction de ces dernières années. Il se révèle divertissant, entraînant et rythmé, extrêmement abouti et original visuellement, mais souffre tout de même d’un manque d’approfondissement sur certains aspects, sans quoi il aurait probablement été parfait.

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Anne-Laure

Anne-Laure

Née en 1992, Bruxelles.
Passionnée de culture en général et notamment de cinéma. J’apprécie autant découvrir et parler de grands classiques, de films « à succès » ou de petites pépites (presque) inconnues, de toute époque et de tout genre, avec sans doute un amour plus particulier pour le cinéma d’animation.
J’aime également la littérature, le théâtre et les jeux-vidéos. 


Réalisateurs préférés : Wes Anderson, Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki, Hirokazu Kore-eda, David Lynch, Don Bluth

Films préférés : Moonrise Kingdom, In the Mood for Love, le petit dinosaure et la vallée des merveilles, Mr. Nobody, Apocalypse Now, Alien : le 8ème passager.
Anne-Laure

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Née en 1992, Bruxelles. Passionnée de culture en général et notamment de cinéma. J’apprécie autant découvrir et parler de grands classiques, de films « à succès » ou de petites pépites (presque) inconnues, de toute époque et de tout genre, avec sans doute un amour plus particulier pour le cinéma d’animation. J’aime également la littérature, le théâtre et les jeux-vidéos. 
 Réalisateurs préférés : Wes Anderson, Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki, Hirokazu Kore-eda, David Lynch, Don Bluth Films préférés : Moonrise Kingdom, In the Mood for Love, le petit dinosaure et la vallée des merveilles, Mr. Nobody, Apocalypse Now, Alien : le 8ème passager.

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